Après la vie militaire, je suis revenu dans un monde où les savoir-faire acquis jusque-là n’avaient plus la même valeur. La vitesse d’exécution, l’endurance, la précision au tir, les réflexes du cadre militaire et la capacité à tenir dans l’effort ne suffisaient plus à construire une vie civile. À la maison, il y avait ma femme, trois jeunes enfants, et une question simple : comment recommencer.
J’ai acheté une vieille propriété délabrée et je me suis mis à des tâches que je connaissais très peu au départ. La terre, les animaux, la vigne, les outils, les clôtures, le bois, le métal et le quotidien m’ont appris une autre forme de persévérance. Ce n’était pas la campagne romantique, mais un départ à zéro : des erreurs, de l’apprentissage, de la fatigue, de grosses dépenses et des revenus qui ne couvraient pas ce qu’il fallait investir.
Dans ces conditions, une famille ne pouvait pas se contenter de tenir. Elle devait vivre. Ce constat m’a poussé vers d’autres horizons professionnels. La terre a laissé place aux projets, les travaux du quotidien à des responsabilités dans de plus grands systèmes. Le cadre avait changé, mais j’y ai porté la même exigence intérieure : l’effort, le sens, l’ordre et la discipline.
Je n’ai pas quitté l’agriculture par caprice ou par lassitude. Je l’ai quittée parce que la vie exigeait une décision. Ma famille avait besoin d’une base plus stable, et cette base, je ne pouvais plus la construire là de la même manière. Il fallait repartir, non pour fuir, mais pour bâtir autrement.